Saint Yves - Chapitre 4 - Hozana

Saint Yves - Chapitre 4

Saint Yves - Chapitre 4

Sa vie durant, Yves est toujours resté fidèle à l’enseignement reçu chez les Cordeliers de Rennes, disciples de Saint François d’Assise qu’il admire tant et dont il est devenu le fils spirituel. Or plusieurs indices donnent à penser que le Saint était entré dans le Tiers-Ordre de Saint François. Nous n’en avons aucune certitude même si la famille franciscaine le considère comme l’un des leurs. Mais on constate qu’à quarante ans, Yves rédige son testament. Or il n’a rien  à donner et le précise : « si l’on me trouve quelque bien après ma mort (ce qui arriverait contre mon attente, excepté quelques livres que j’ai pour l’édification des fidèles…) » Donc un testament inutile sauf si le testateur est entré dans le Tiers-Ordre de Saint François qui fait de sa rédaction une obligation. Déjà son vêtement évoque l’habit des Cordeliers, la corde grossière en guise de ceinture, les pieds nus dans des sandales, hiver comme été. L’esprit de pauvreté guide ses pas et, à la suite du Poverello d’Assise, le conduit vers la sainteté. D’où ce dépouillement extrême et ces mortifications et privations diverses qui vont, peu à peu, avoir raison de sa santé.

A l’aube de sa cinquantième année, il est, depuis onze ans, recteur de la paroisse de Louannec et ses paroissiens l’aiment et le vénèrent. Mais ses forces le quittent et il sent sa fin prochaine. Il le confie à ses amis, Alain et Typhaine de Keranrais chez lesquels il se rend pour leur faire ses adieux. Et comme ils expriment leur tristesse, il leur déclare :

Vous devriez vous réjouir comme je me réjouis moi-même. Car, grâce à Dieu, me voici au bout de mes peines. Grâce à Dieu, je crois avoir vaincu mon ennemi !

C’est le printemps et l’Ascension approche. La veille, un 13 mai, il se confesse au recteur de Minihy-Tréguier. Puis à nouveau, le lendemain, à celui de La Roche Derrien, en sa chapelle de Kermartin. Puis il s’adresse aux fidèles présents pour leur demander de prier pour lui, lui qui s’apprête à paraître devant le Juge Eternel. Il célèbre ensuite sa dernière messe. Les prêtres qui sont venus le voir l’aident à revêtir ses habits sacerdotaux. Sa faiblesse est extrême et c’est tout juste s’il peut tenir debout. On lui soutient les bras pendant l’Elévation. La chapelle est pleine et les fidèles ne comprennent pas pourquoi on leur annonce qu’il n’y aura pas de confession ce jour-là. Ils s’indignent et le saint rassemble ses dernières forces pour se rendre au confessionnal, bénir, absoudre…

Au bout de ses forces, il demande à se coucher. Non pas dans un lit, ce serait lui faire trop d’honneur. Il accepte une claie garnie d’un peu de paille et sans oreiller. Il y repose le jour de l’Ascension et encore le vendredi et le samedi. Tous viennent le voir et cet incessant défilé, ces lamentations l’épuisent davantage. Il souffre d’une forte fièvre, refuse tout remède. Il ne veut que les sacrements avant de se présenter à son Dieu. A partir du samedi soir, il ne parlera plus, se contentera de fixer l’image du Sauveur. C’est le dimanche 19 mai 1303 qu’il s’endort pour toujours dans la paix du Seigneur à l’âge de 49 ans.

Son corps est transporté dans la cathédrale de Tréguier où il est enseveli. Personne ne doute plus de sa sainteté et ses vêtements sont mis en pièces et distribués comme autant de reliques. La foule est là, récite le chapelet et déjà invoque Yves afin qu’au Ciel, il continue à leur faire grand bien.

Le chevalier Alain de Keranrais se rend régulièrement sur la tombe de son ami. Une semaine après l’ensevelissement, il trouve là un jeune homme qui prie et qui rend grâce. Il s’appelle Guy et raconte qu’il était aveugle. Yves l’a guéri. Alain lui demande d’où il vient et il déclare être de Coat Croas, dans la paroisse de Langoat. Le chevalier va faire son enquête dans cette localité où Guy est connu et où ses dires sont confirmés. Ce premier miracle sera suivi d’une quantité d’autres, miracles des corps et des âmes. Et même si les bretons, dans leur foi populaire, ont peut-être eu tendance à en exagérer le nombre, ceux-ci ont bien eu lieu comme en ont témoigné tous les ex-voto, les béquilles, les bras de cire et tous ces bateaux d’argent et de cire, en reconnaissance à Saint Yves pour les avoir sauvés du désastre des tempêtes. Car la puissance du saint s’étend sur la mer. Il ainsi sauvé le valet et le cheval d’Alain de Keranrais, embarqués sur un navire et tombés à l’eau par gros temps. Le chevalier invoque le Saint

Saint Yves, je te recommande mon valet et mon palefroi. 

Le valet est repêché et le cheval regagne tranquillement le rivage, faisant volte-face contre les vagues, la houle et la marée descendante, à peine gêné par le surcot qu’au départ on lui avait posé sur la tête pour lui éviter d’avoir peur.

Les Bretons n’ont de cesse que leur saint, si doux, si compatissant, si juste soit reconnu comme tel. Leur supplique est présentée au Pape Clément V par le duc de Bretagne, Jean III. Elle est appuyée par le roi et la reine de France à son successeur, Jean XXII. L’Université de Paris qui a conservé le souvenir de son étudiant si doué et si pieux intervient également. En 1329, c’est l’évêque de Tréguier, Yves de Bois-Boissel, accompagné du frère du duc, Gui de Bretagne, qui entreprend la démarche auprès de la papauté, alors à Avignon.

Le procès de canonisation peut enfin commencer : deux cent quatre-vingt neuf témoins vont être entendus et c’est ne pas compter tous ceux qui, main levée sur sa tombe, viennent attester sa sainteté. Jean de Kerhoz, l’ancien précepteur, âgé de quatre-vingt dix ans, viendra dire ce que fut, dès son jeune âge la vie d’Yves Hélori. Panthovada, la carabassen, raconte le quotidien de ses actes de bonté et de ses mortifications.

Ce n’est que par l’acte du 19 mai 1347 qu’Yves Hélori est canonisé par le pape Clément VI. Il peut donc désormais être honoré comme Saint et sa fête est fixée au 19 mai, date anniversaire de son décès.

De nombreuses églises sont consacrées à Saint Yves, notamment à Rome, où la première, édifiée au XVe siècle fut détruite pour vétusté puis reconstruite. Elle est dite Saint Yves des Bretons. La seconde, Sant’Ivo alla Sapienza fut construite au XVIIe siècle. Le culte de Saint Yves s’étant répandu à travers toute l’Europe, on trouve des églises à lui consacrées en Espagne, en Allemagne, aux Pays-Bas. Mais c’est, bien entendu, en Bretagne que son culte est particulièrement vivace. Eglises, chapelles, statues sont innombrables.

Considéré comme le Saint Patron de toutes les professions de justice et de droit, notamment celle des avocats, il fait l’objet d’un culte enthousiaste. En 1932, les avocats américains offrent un vitrail, les avocats belges en offrent un autre en 1937. Le 19 mai 1947, sixième centenaire de la canonisation, les avocats des Etats-Unis, d’Angleterre, de Belgique, de Hollande, du Luxembourg se joignent à leurs confrères français pour la traditionnelle procession de Minihy à Tréguier.

Le Grand Pardon qui a lieu tous les 19 mai à Tréguier s’accompagne d’autres cérémonie dans toute la Bretagne et partout où des Bretons sont installés, sous le nom de Gouel Erwan(1) ou fête d’Yves. La Région Bretagne reprend aujourd’hui ces festivités sous le nom de Fête de la Bretagne. 

 

Image: En Bretagne, Saint Yves est appelé Erwan dans le Trégor, Iwan, Youenn ou Eozen, dans d’autres régions, variantes empruntées au français Yves et au breton Eozen, nom lui-même issu du vieux breton Eudon.

 

Nous pouvons, avant de le quitter, invoquer Saint Yves en reprenant cette prière proposée dans l’enclos de Guimiliau :

 

 « Saint Yves, tant que tu as vécu parmi nous

Tu as été l’avocat des pauvres,

Le défenseur des veuves et des orphelins,

La Providence de tous les nécessiteux ;

Ecoute aujourd’hui notre prière.

 

Obtiens-nous d’aimer la justice comme tu l’as aimée.

Fais que nous sachions défendre nos droits,

Sans porter préjudice aux autres,

En cherchant avant tout la réconciliation et la paix.

Suscite des défenseurs qui plaident la cause de l’opprimé

Pour que « justice soit rendue dans l’amour ».

 

Donne-nous un cœur de pauvre,

Capable de résister à l’attrait des richesses,

Capable de compatir à la misère des autres

Et de partager.

 

Toi, le modèle des prêtres,

Qui parcourais nos campagnes

Bouleversant les foules par le feu de ta parole

Et le rayonnement de ta vie,

Obtiens à notre pays les prêtres dont il a besoin.

 

Saint Yves, priez pour nous,

Et priez pour ceux que nous avons du mal à aimer. »

 

A notre prière à Saint Yves, joignons celle que nous adressons à la Vierge Marie que le Saint n’a cessé de vénérer toute sa vie.

Je vous salue, Marie…

 

 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

6 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

Marie-Thérèse
place Quincy-Voisins, il y a 1 an
Saint Yves, priez pour nous - Amen -
Stella
place Auvergne-Rhône-Alpes, il y a 1 an
St Yves, je place devant vous mon frère Yves, pour qu'il soit touché par la grâce de Dieu..
François
place Bordeaux, il y a 1 an
Bernadette
Florence
place Plouray, il y a 1 an
Saint yves priez pour notre si belle terre ,voyez ce que l' homme en a fait amen en union de prière alléluia
MARIE
 il y a 1 an
Saint Yves, je te recommande mon avocat, éclaire-le. Fais que je sache défendre mes droits sans porter préjudices aux autres. Demande au Seigneur de convertir ces victimes, je t’en conjure. Merci