Bienheureux Jean-Joseph Lataste - Chapitre 3 - Hozana

Bienheureux Jean-Joseph Lataste - Chapitre 3

A Cadillac, la prison des détenues est ce magnifique château des ducs d’Epernon bâti au XVIe siècle dont l’extérieur est familier au Père Jean-Joseph puisqu’il a passé son enfance tout près de là. Mais il n’est jamais entré dans cette enceinte et il appréhende quelque peu sa rencontre avec ces femmes déshonorées, condamnées aux travaux forcés. Entassées à plus de quatre cents, condamnées à des travaux exténuants dans une promiscuité intenable, vouées à la honte et à l’exclusion sociale, ces femmes sont le reflet de toute la misère du monde.

80190-bienheureux-jean-joseph-lataste---chapitre-3

A Cadillac, le château des ducs d’Epernon transformé en maison de force au XIXe siècle

 

La rencontre du Père Jean-Joseph et des détenues tient du merveilleux, osons le dire, du divin. Pour bien revivre ce qui s’est passé, nous avons emprunté le texte qui suit à un article paru dans La France Catholique du vendredi 8 juillet 2011, sous la plume de Jean Peyrade :

« Le 15 septembre 1864, à quatre heures et demie du matin, le Père Jean-Joseph Lataste pénètre dans la prison pour y prêcher une retraite aux détenues. Il y entre sans enthousiasme mais par obéissance et après avoir beaucoup prié. «  Je suis entré, écrira-t-il plus tard, dans la Maison de Force avec un grand serrement de cœur et la pensée que c’était ou que ce serait peut-être inutile. » Cependant il avait préparé ses «  instructions  » avec un soin extrême en mettant davantage l’accent sur la miséricorde de Dieu que sur l’expiation. Il n’ignorait pas que cette retraite était une «  première  » : jamais encore on n’en avait organisé à Cadillac et c’est sur l’insistance de l’aumônier et des religieuses de la Sagesse chargées de la prison que l’administration avait fini par l’autoriser.
Qui sont les femmes qui purgent là des peines de réclusion et de travaux forcés ? La plupart des rurales venues à la ville pour trouver du travail et qui, pour échapper à des situations de détresse, à la fatigue de journées interminables dans les fabriques, à la misère, ont cédé à de trompeuses promesses de bonheur et sont devenues des prostituées. Certaines ont tué pour se venger des violences, des outrages qu’elles avaient subis. D’autres, enceintes, ont eu recours aux avorteuses et ont été condamnées pour infanticide. Beaucoup ont commis des délits sous l’emprise de l’alcool.
«  Je ne saurais dire l’impression qui me saisit au cœur au moment où je les vis, a raconté le Père Lataste. Elles étaient là près de quatre cents, couvertes de vêtements grossiers, la tête enveloppée d’un mouchoir étroitement serré autour des tempes qui leur donnait une physionomie singulière et (il me le parut du moins) vraiment repoussante. »
Presque toutes, en effet, sont venues à la chapelle aménagée dans l’ancienne salle des gardes, en prenant sur leur sommeil car le travail forcé de la journée ne peut être réduit. Par curiosité ? Pour échapper à la monotonie de la vie carcérale ? Par crainte d’être mal vues de leurs gardiens ? Par souci d’être bien notées ? Par besoin de réfléchir sur leur destin ? Peut-être par désir de renouer avec Dieu ? Toujours est-il qu’elles étaient là à quatre heures et demie du matin quand le Père Lataste apparut.
Son habit blanc et noir de dominicain et sa grande tonsure monastique les surprirent. Dans les campagnes et les faubourgs des villes, elles n’avaient pas eu l’occasion de voir des religieux de l’Ordre des Frères Prêcheurs, restauré depuis peu par Lacordaire. Sa jeunesse aussi les étonna (il avait 32 ans) mais surtout sa parole. Que disait-il ? Entendaient-elles bien ?

« Mes Chères Sœurs, comprenez-vous pourquoi je vous appelle ainsi ? Que n’êtes-vous après tout ? Vous êtes… mises au ban de la société ? Si vous sortiez d’ici, si l’on savait d’où vous sortez, on vous montrerait du doigt, on se méfierait de vous. Je n’approuve pas cela, je sais bien que c’est injuste, souvent cruel, tout ce que vous voudrez, mais enfin c’est ainsi.
« 
Et moi, ministre de Dieu, je viens à vous de moi-même, sans attendre que vous m’ayez appelé et, en vous tendant la main, je vous appelle mes Chères Sœurs. Et ce n’est pas une parole banale, je suis tout prêt à faire pour vous bien plus encore… Et d’où vient que vous m’êtes si chères, vous que le monde oublie et méprise ? C’est que je suis le ministre d’un Dieu qui vous aime malgré vos souillures, d’un amour sans égal ici-bas, d’un Dieu qui vous poursuit de son amour sans cesse, qui maintenant encore, à l’instant où je vous parle, se tient invisiblement à la porte de votre cœur. »

Pourquoi sont-elles détenues ? Ce n’est pas Dieu qui les a emprisonnées. Dieu ne châtie pas parce qu’Il aime. Il les a laissées vivre comme elles voulaient, elles ont fait ce qu’elles ont fait et il intervient là où elles se trouvent aujourd’hui et, par la voix d’un prêtre, il parle à leur cœur. Aimer Dieu et en être aimé, cette joie que les moniales volontairement séparées du monde connaissent, les détenues peuvent aussi la connaître si elles s’abandonnent totalement à lui. Alors, elles pourront sublimer leur réclusion et s’ouvrir à un nouveau destin.

Les femmes étaient libres de revenir à la chapelle pour l’instruction du soir ou d’aller dormir. Elles revinrent toutes et encore les jours suivants. Sans doute se sentaient-elles plus ou moins confusément appelées à une libération intérieure ? «  Pour Dieu, ce qui compte, leur dit le Père Lataste, ce n’est pas ce que nous avons été ; il n’est touché que de ce que nous sommes. Dieu ne pèse les âmes qu’au poids de leur amour. Il veut faire naître en elles un être nouveau. Ainsi fit-Il pour Marie-Madeleine, la pécheresse qui ne fut tant pardonnée que parce qu’elle avait beaucoup aimé. Dieu ne vous demandera pas si vous êtes demeurées toujours pures, toujours fidèles ; Il vous demandera si vous L’aimez beaucoup.  »

Après l’instruction du soir, les détenues qui le désiraient pouvaient se rendre à la sacristie pour se confesser. C’était le moment du dialogue avec le prêtre. Comme l’une d’elles, ses aveux livrés, fondait en larmes, le Père lui demanda si c’était à cause de la dureté de la prison ou du souvenir de ses fautes et il reçut cette réponse : «  Mais c’est de joie que je pleure, mon Père ! Je ne savais pas que Dieu m’aimait ! Je suis transformée. Je suis libre.  »
Avant de donner l’absolution à d’autres, il faut qu’il sache si elles ont pardonné à ceux qui ont eu une large part de responsabilité dans leur faute et il entend : «  Mon père, si Dieu me pardonne, comment pourrais-je ne pas pardonner à mon tour ? Non seulement c’est fait mais je prie pour ceux qui m’ont fait tant de mal. » Et encore : «  Je n’ai plus qu’un désir : vivre pour ce Dieu que vous m’avez fait connaître. La seule chose que je demande, c’est de ne plus retomber.  »

Mais aussi : «  Même moi, après tout ce que j’ai fait, est-ce possible que Dieu m’appelle à être auprès de Lui ?  »

Dès la première instruction, il avait été frappé par la qualité de recueillement des retraitantes mais leurs confessions le bouleversèrent. En quittant la Maison de Force, il répétera à son entourage : «  J’ai vu des merveilles ! Je suis émerveillé de ce que j’ai vu dans ces âmes.  »

«  En entendant en confession les aveux des détenues, le Père Lataste saisit mieux qui est Dieu. Oui, elles ont tué. Oui, elles ont sombré dans la prostitution, dans l’alcoolisme. Elles ont peut-être désespéré jusqu’à projeter leur suicide et pourtant ce sont elles qui l’évangélisent. Il croyait devoir prodiguer à chacune des paroles de consolation et ce sont elles qui lui parlent avec transport de leur bonheur d’avoir retrouvé Dieu. Un mot extraordinaire va même surgir maintenant dans son discours : innocence. Il a perçu l’inimaginable : il a saisi comme un secret découvert par surprise, que leur relation à Dieu les a recréées au point d’effacer leur passé, de les rendre innocentes.  

La retraite s’acheva par une nuit d’adoration du Saint-Sacrement à laquelle la participation des femmes, en dépit des fatigues de la journée, dépassa toutes les prévisions.

«  Dans la nuit du samedi au dimanche, le Saint-Sacrement resta exposé ; on avait permis à celles qui le voulaient de demeurer ou de passer quelques heures devant lui. Je pensais, écrivit le Père Lataste, qu’elles se relèveraient deux par deux comme cela se fait partout. Quelle fut ma surprise, en sortant du confessionnal, après dix heures, d’en voir près de deux cents à la fois, faisant leur adoration avec un silence et un recueillement qui, sans contredit, eût fait honneur à une communauté reli­gieuse. Il fut im­possible de les résoudre à aller prendre du repos avant que la moitié de la nuit se fût écoulée, et, alors, elles furent remplacées par d’autres, à peu près du même nombre, qui avaient attendu impatiemment leur tour. »

Jean Peyrade

 

L’année suivante, le Père Lataste est à nouveau invité à prêcher une retraite aux détenues. Cette fois encore, il peut s’exclamer : « J’ai vu des merveilles ». Mais un soir qu’il prie le Saint-Sacrement avec les détenues, une idée progresse dans son esprit. Inspiré par Sainte Marie-Madeleine, un projet novateur s’impose à lui. Il n’aura de cesse de le mettre en œuvre.

 

Prions avec le Bienheureux Jean-Joseph Lataste, l’apôtre de la Miséricorde qui nous fait participer, dans l’espérance, à la tendresse du Seigneur: « Dieu ne regarde pas ce que nous avons été, Il n’est touché que de ce que nous sommes. »

Dans son amour infini pour ses créatures, le Père ne cesse de nous pardonner nos erreurs passées. Dès lors que nous nous tournons vers Lui avec Amour en nous efforçant de Lui plaire, de faire Sa Volonté, de nous conformer à Lui chaque jour davantage, nous touchons son Cœur rempli d’amour pour nous.

Pleins d’espérance, allons donc à Lui, avec et par Marie.

 

Je vous salue, Marie…


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

8 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

Gilou
 il y a 1 an
Dieu qui n'est qu'amour, bonté et lumière,délivre moi de toutes mes fautes, mes péchés, J'implore ta miséricorde, ton pardon Amen
Marie Aline
place Paris, il y a 1 an
Dieu est amour, bonté, misericorde et pourrait-on compter ses merveilles? Elles sont infinies.
Roseline
place Rivière-Salée, il y a 1 an
Dieu m'aime:il 'ne condamne pas.
Florence
place Plouray, il y a 1 an
on ne peut que ce tourner vers notre Seigneur Jésus lui qui nest qu' Amour en union de prière amen
GJ
place Metz, il y a 1 an
Ô Seigneur, je me tourne vers Vous..... Amen !